Donaires
[Donaïrès]
Sons et Danses du Baroque Espagnol

 

“Donaires, Sons et Danses du baroque espagnol”

C’est un joyau qu’avec ses danseurs a ciselé Ana Yepes, accompagnée de son frère Ignacio Yepes et de ses musiciens. Un joyau baroque, bien entendu, crée à Luçon, et mêlant danses anciennes de France et d’Espagne sur des “Entrées espagnoles” de Lully ou de Campra, des “Folies” de Guerau, Ortiz, Sanz ou Corelli, sur des pavanes, chaconnes, sarabandes et autres gaillardes. Des danseurs paraissant surgir d’un Greco, des dames fières comme des infantes de Vélasquez, des danses, des musiques allègres : tout sert un spectacle harmonieux, parfait d’élégance, de simplicité, de bon aloi, de grâce aristocratique. On y discerne avec bonheur, parmi les danses espagnoles ressuscitées, tout ce qui fait encore aujourd’hui leur charme : fougue, sensualité, hiératisme…Le tout soutenu par le rythme diabolique des castagnettes.

                                                            RAPHAËL DE GUBERNATIS

Le Nouvel Observateur  - 27 mai / 2 juin 2004

 

Yepes, le fils, la fille et l’esprit du père

Bon sang de Yepes ne saurait mentir. Ana, chorégraphe, maître de ballet et danseuse ; Ignacio, chef d’orchestre et flûtiste, ne peuvent s’accommoder du mièvre et de l’à-peu-près. Ils l’on montré, mercredi et jeudi, en arrangeant joliment, dans le cadre du Printemps des arts, moult musiques et danses de l’époque du baroque espagnol et au-delà. Il est vrai que leur père, Narciso Yepes, un pape de la guitare classique, leur a appris la rigueur.

     Les personnages de cour du ballet d’Ana (trois hommes et trois femmes), tout de noir vêtus, col blanc en corolle, pourraient sortir droit de portraits de Vélasquez. Tournoyant sur la pointe des pieds, ils ont l’élégance des princes.

    Avec leurs sarabandes, folies, villanelles et chacones, les danses de Yepes hument l’air du peuple ibérique, des fêtes de pueblos de l’âpre Castille. Claquements de castagnettes, scansions de percussions, battements de talons… L’Espagne flamenca émerge.

     Ah, cette danse de l’éventail où l’objet, promptement fermé, claque comme pour dire non à l’importun hidalgo. Ah, ces regards appuyés ou indifférents, ces gestes d’esquive ou d’approche, qui séduisent…ou éconduisent un hombre en moins de temps qu’il ne faut pour mourir dans l’arène !

     Dans ce spectacle donné au théâtre Graslin, il y a surtout la complicité, l’osmose des douze musiciens et danseurs emmenés par la fratrie Yepes. Gratteurs de guitare, théorbe ou viole de gambe font un avec les étoiles du ballet. La magie fait tomber la frontière des disciplines. Du grand art, Narciso.

GASPAR NORITTO

Ouest France  - 28 mai  2004  “Donaires”